Une bonne partie des gens qui vous découvrent le font depuis un téléphone, dehors, avec une main occupée. Vous, vous regardez votre site sur l’ordinateur du bureau, en grand, sur une bonne connexion. Quatre tests suffisent à voir ce que voient les autres, et ils prennent quatre minutes.
Coupez le wifi avant d’ouvrir votre site
Le test se fausse tout seul si on le fait depuis le comptoir. Le wifi de la boutique est rapide, et le navigateur du téléphone garde souvent en mémoire une version de la page déjà chargée. La page s’affiche donc instantanément chez vous, et chez vous seulement.
Un client arrive autrement. Il est dans sa voiture ou sur le trottoir, avec une ou deux barres de réseau, et il vient de taper votre nom parce qu’il hésite à pousser la porte.
Coupez le wifi de votre téléphone, ouvrez votre site, et comptez à voix basse pendant que la page se charge. Au-delà de cinq, notez-le sur une feuille. Vous n’avez pas besoin de savoir d’où vient la lenteur : c’est le travail de la personne qui s’occupe du site. Il suffit de la constater et de la signaler.
Refaites-le une fois en fin de journée, quand le réseau est chargé. Certains sites passent le matin et pas à dix-huit heures.
Touchez le numéro de téléphone affiché sur la page
Sur un téléphone, un numéro doit se composer quand on pose le doigt dessus. L’écran d’appel s’ouvre avec le numéro déjà rempli, la personne appuie, ça sonne chez vous.
Sur beaucoup de sites, rien ne se passe. Le numéro a été mis dans une image, ou il est collé dans un paragraphe comme du texte ordinaire. Il faut alors le retenir, sortir du site, ouvrir le clavier du téléphone et le taper à la main. Personne ne fait ça pour un premier contact. On revient à la liste des résultats et on appelle le suivant.
Le geste : touchez votre numéro sur votre propre site. S’il ne se passe rien, c’est la première chose à faire corriger, et c’est cinq minutes de travail pour qui s’occupe du site. Sur les sites que nous faisons tourner, le numéro est cliquable partout où il apparaît.
Profitez-en pour faire le même essai sur l’adresse mail, et sur le formulaire s’il y en a un. La panne du formulaire de contact qui n’envoie plus rien est fréquente et invisible, et ce test-là se fait aussi depuis le téléphone.
Cherchez votre adresse et vos horaires sans agrandir l’écran
Ne zoomez pas, ne tournez pas le téléphone. Cherchez votre adresse, puis vos horaires, comme le ferait quelqu’un qui ne connaît pas votre site.
Les défauts se logent toujours aux mêmes endroits. Le texte est trop petit pour être lu à bout de bras. Une colonne déborde sur la droite et il faut pousser la page de côté pour lire la fin des lignes. Le tableau des horaires, quand il y en a un, est trop large et devient illisible, ou il faut le faire glisser pour atteindre le samedi.
Personne ne vous signalera ces défauts. Un visiteur qui n’arrive pas à lire referme la page et ne vous écrira jamais pour vous le dire. Un site peut donc vivre trois ans avec un tableau d’horaires que ses clients ne lisent pas.
Notez ce que vous n’avez pas trouvé en moins de dix secondes. L’adresse et les horaires sont, avec le numéro, ce que les gens viennent chercher en premier, et c’est déjà ce qui fait qu’un site vitrine sert à quelque chose.
Le menu, et tout ce qui s’affiche par-dessus votre page
Ouvrez le menu, celui qui est représenté par trois traits en haut de l’écran. Il doit s’ouvrir du premier coup et se refermer aussi facilement. Un menu qui ne réagit qu’une fois sur deux, ou qui recouvre toute la page sans bouton pour sortir, laisse le visiteur coincé sur un écran dont il ne sait plus comment sortir.
Regardez ensuite ce qui vient se poser par-dessus votre page. Le bandeau des cookies qui prend la moitié de l’écran et qu’on ne peut refuser qu’en cherchant un lien minuscule. La fenêtre d’inscription à la lettre d’information qui apparaît au bout de dix secondes, souvent juste au-dessus du bouton d’appel, parfois accompagnée d’une bulle de discussion qui mange le coin de l’écran.
Sur un grand écran, tout cela reste supportable. Un téléphone n’a pas la place : deux de ces éléments en même temps et il ne reste plus rien de votre page.
Comptez combien de gestes il vous a fallu pour arriver à lire votre site tranquillement. Au-delà de deux, il y a de quoi faire, et chacun de ces éléments se retire ou se réduit sans toucher au reste du site.
À faire cette semaine
Quatre minutes, dehors, wifi coupé, avec une feuille de papier.
Notez ce qui n’a pas marché, une ligne par problème, dans les mots qui vous viennent : « le numéro ne se compose pas », « je n’ai pas trouvé les horaires », « le bandeau des cookies cache tout ». N’essayez pas de traduire en langage technique, ce n’est pas votre travail.
Envoyez la liste telle quelle à la personne qui s’occupe de votre site. Quatre lignes écrites par le propriétaire valent mieux qu’un « ça marche mal sur les portables » lâché en fin de conversation : elles se corrigent une par une, et on peut vous dire quand chacune est réglée.
Si personne ne s’occupe de votre site, ou si vous ne savez plus qui l’a fait, la liste reste utile. Elle dit ce qu’il y a à réparer, et c’est par là que commence la refonte d’un site.

